Écouter de la quadriphonie aujourd’hui, est-ce possible ?
À retenir
Oui, c’est possible — mais « la quadriphonie » recouvre en réalité trois technologies très différentes, aux exigences matérielles très inégales. Certaines s’écoutent sur n’importe quelle platine sans rien changer, d’autres exigent une cellule spécifique et un décodeur dédié, et une troisième option, la plus accessible, ne restitue pas de véritable son quadriphonique mais une approximation convaincante à partir de n’importe quel disque stéréo.
Le système matriciel (SQ, QS) : le plus simple à essayer
Les formats SQ (Columbia) et QS — développé par l’ingénieur Ryosuke Itô chez Sansui, déjà présentée sur ce site — encodent les quatre canaux dans un sillon stéréo tout à fait ordinaire, par un jeu de déphasages. Concrètement, ces disques s’écoutent parfaitement sur n’importe quelle platine et n’importe quel ampli stéréo classique, sans rien changer : on entend simplement une stéréo normale, sans l’effet spatial. Pour restituer les quatre canaux, il faut un décodeur actif dédié au format concerné — SQ et QS ne sont pas interchangeables. Les récepteurs Sansui les plus tardifs, équipés de leur circuit « Vario-Matrix », ont l’avantage de décoder correctement les deux formats à la fois, ce qui en fait aujourd’hui l’option la plus polyvalente pour qui veut explorer les disques matriciels d’époque sans multiplier les appareils.
Le CD-4, la promesse la plus fragile
Développé par JVC, le CD-4 promet, en théorie, quatre canaux réellement indépendants plutôt qu’une reconstitution matricielle — mais au prix d’une fragilité technique réelle. L’information du canal arrière est gravée sous forme d’une porteuse ultrasonique, à une fréquence largement au-delà de ce qu’une cellule classique peut lire. Il faut une cellule spécifique, comme la Philips GP422 II illustrée ci-dessus, dotée d’un diamant taillé selon le profil « Shibata » spécialement inventé pour ce format, capable de suivre des fréquences allant jusqu’à 45 000 Hz. Un second problème, plus sournois : cette information ultrasonique s’use beaucoup plus vite que le reste du sillon à chaque lecture. Un disque CD-4 d’occasion déjà bien joué peut donc sonner en stéréo tout à fait normale, sans qu’aucun canal arrière ne subsiste — sans que rien ne le signale à l’écoute, en dehors de l’absence pure et simple d’effet.
Le pseudo-quad, l’option la plus accessible
Une troisième voie, plus modeste mais bien plus accessible : le « circuit Hafler », du nom de son inventeur, exploité commercialement par des appareils comme le Quatravox de Radio Shack illustré ci-dessus. Le principe ne nécessite aucun disque spécialement encodé : il dérive un signal ambiant pour les enceintes arrière à partir de la simple différence entre les canaux gauche et droit d’un disque stéréo classique. Ce n’est pas de la vraie quadriphonie — le résultat reste une approximation, souvent jugée un peu discrète sur les enceintes arrière — mais c’est la seule des trois approches qui fonctionne avec n’importe quel disque de votre collection, sans avoir à chercher des pressages quad d’époque.
Concrètement, par où commencer
Pour une première expérience sans grande dépense, un vieux décodeur à circuit Hafler et une paire d’enceintes d’appoint suffisent à se faire une idée, sur des disques déjà possédés. Pour aller vers l’authentique, un récepteur Sansui tardif à Vario-Matrix reste le choix le plus polyvalent pour les formats matriciels. Le CD-4 demande le plus d’investissement et le plus de prudence à l’achat : mieux vaut inspecter visuellement l’état du sillon d’un disque avant de l’acquérir, et prévoir une cellule adaptée plutôt que d’espérer entendre l’effet avec l’équipement déjà en place.
