Braun

Logo de la marque Braun
Marque Origine Création Spécialités Modèles emblématiques
Braun Allemagne (Francfort) 1921 Chaînes hifi, tourne-disques, amplis, tuners (1929-1990) SK4, Regie 510

À retenir

Braun occupe une place à part dans cette rubrique : ce n’est pas d’abord une histoire d’ingénieurs du son, mais de design industriel. Sous la direction de Dieter Rams, la marque allemande a produit entre 1956 et 1990 des chaînes hifi aujourd’hui exposées dans les plus grands musées de design au monde — le MoMA à New York, la Pinakothek der Moderne à Munich — avant de disparaître du marché audio pendant près de trente ans, puis d’y revenir en 2019 sous une simple licence de marque.

Magnétophone à bandes Braun exposé à la Pinakothek der Moderne, Munich
Un magnétophone à bandes Braun, exposé au musée de design Pinakothek der Moderne, à Munich

Max Braun et les débuts (1921-1951)

L’ingénieur Max Braun fonde en 1921 à Francfort un petit atelier de composants radio. Dès la fin des années 1930, il imagine l’un des tout premiers combinés radio-tourne-disque, le Phono Super 6740W — une idée qui préfigure, sans le savoir encore, ce qui fera la gloire de la marque vingt ans plus tard. À la mort de Max Braun en 1951, ses fils Artur et Erwin reprennent l’entreprise et amorcent une transformation radicale : faire du design un objectif stratégique à part entière, en s’entourant de figures liées à la Hochschule für Gestaltung d’Ulm, comme Hans Gugelot et Otl Aicher.

Dieter Rams et le « moins, mais mieux » (1955-1967)

Dieter Rams rejoint Braun comme designer industriel en 1955. Sa philosophie, résumée dans la formule « Weniger, aber besser » (« moins, mais mieux »), façonne durablement l’identité de la marque. En 1956 sort le SK4, un combiné radio-tourne-disque au couvercle en plexiglas transparent — une audace visuelle telle, pour l’époque, qu’il est surnommé « le cercueil de Blanche-Neige ». L’appareil entre aujourd’hui dans la collection permanente du MoMA. Suivent le haut-parleur L2 (1958) puis le TP1 (1959), premier combiné radio-tourne-disque portable, lisant les 45 tours via un mécanisme escamotable.

L’ère Gillette et l’apogée du design (1967-1990)

Récepteur hifi Braun Regie 510
Braun Regie 510 (1972-1975), récepteur conçu par Dieter Rams, 2×35 W sous 8 ohms

En 1967, le conglomérat américain Gillette rachète une part majoritaire de Braun. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’un tel rachat, la période reste extrêmement féconde sur le plan créatif : les gammes CSV et Regie — dont le récepteur Regie 510 illustré ci-dessus (1972), comparé à l’époque à du Revox, du Sansui ou du Marantz en termes de qualité — puis le système modulaire empilable Atelier (1980-1990), premier du genre sur le marché. En 1981, l’activité audio est isolée dans une filiale juridiquement distincte, Braun Electronic GmbH, qui produit son dernier appareil hifi en 1990 avant l’arrêt complet de cette activité. Dieter Rams quitte Braun en 1995, après quarante ans passés à la tête du design de la marque.

Procter & Gamble et la dispersion (2005-2012)

En 2005, Procter & Gamble rachète Gillette pour 57 milliards de dollars, faisant de Braun l’une de ses filiales. En 2012, P&G cède à l’italien De’Longhi les droits perpétuels sur les catégories de petit électroménager (cuisine, repassage), ne conservant que les rasoirs et l’hygiène bucco-dentaire. Le nom Braun se retrouve ainsi éclaté entre plusieurs propriétaires selon la catégorie de produit — sans qu’aucun d’eux ne fabrique plus d’appareils audio.

Aujourd’hui : un nom sous licence (2019-)

En 2019, vingt-huit ans après avoir quitté le secteur, le nom « Braun Audio » revient — mais sans lien de fabrication avec la marque d’origine. C’est la société britannique Pure, spécialiste des radios DAB et enceintes connectées, qui obtient une licence de Procter & Gamble pour développer et fabriquer de nouveaux produits sous ce nom, à commencer par une réinterprétation de la gamme LE de 1959 (enceintes connectées Wi-Fi/Bluetooth/AirPlay), présentée à l’IFA de Berlin. L’intérieur de ces enceintes n’a plus aucun rapport avec les circuits originaux de Rams — seuls le nom et l’esprit du design sont sous licence.

Sources